Lucile Dupleich

Recherches sur le travail éducatif avec des personnes handicapées : la place et le regard.

Comme chaque année, nombre d’entre vous, étudiants, professionnels du champ social, posent, au travers de leur mémoire, une question sur la place qu’ils occupent dans l’accompagnement des personnes handicapées.

 

Le terme de handicap désigne « toute limitation d'activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement. » C’est dire combien la notion est relative à un espace social donné, ce qui fait dire à Simone Korff-Sausse que « le handicap est toujours un fait de culture. »

Or, le sujet se constitue d’abord pour et par le désir de l’Autre. A l’instar de ce que j’explicitais dans mon article précédent « Adolescents : avatars et fondamentaux ».

S’interroger sur les modalités particulières du lien, dans l’accompagnement de personnes handicapées, c’est donc avant tout chercher à repérer le nouage singulier dans lequel chacun d’entre eux s’est constitué, dans la rencontre avec l’Autre. Le parent, a ainsi d’abord eu à reconnaitre son enfant en tant que tel, le sien, autre humain, semblable et différent. Des remaniements, scansions et castrations, sont venus marquer le rapport au corps, au langage, au savoir… Aude-là de l’organicité, les dits « troubles associés », moteurs, mentaux, psychiques, sont venus faire signes ou symptômes, en fonction de la façon dont on les a entendu.

Les institutions construisent leur identité sur des traits classifiables, la pratique n’a de cesse de venir bousculer ces classifications et les protocoles qui les accompagnent. Il ne s’agit pas de vouloir passer outre des nosographies parfois nécessaires, mais de maintenir ouverte la question de la rencontre, du transfert. C’est pour cela que les problématiques de mémoire ne cessent de venir poser les questions de l’attachement, de la bonne distance ou de la séparation.

C’est en interrogeant la position que l’on occupe pour celui qu’on accompagne, dans le transfert, que l’on peut, pour une part, se mettre au travail. Ainsi, cette place me semble parfois être prise du côté de l’identification au parent. Il s’agit alors, dans la recherche d’une juste posture professionnelle, de savoir comment on « se charge», on endosse cette fonction de substitut parental tout en restant en même temps éducateur, au sens d’ex-ducare,  afin qu’il puisse faire sans nous.

Cela suppose notamment d’être à l’écoute de ce qui nous traverse. Simon Korss-Sausse dans son livre « Le miroir brisé – L’enfant handicapé, sa famille et le psychanalyste »(2016), revisite nombre d’aspects des problématiques identificatoires qui se jouent autour des personnes handicapées. C’est un livre récent, qu’il peut être intéressant de mettre en perspective avec ceux de Maud Mannoni « L‘enfant arriéré et sa mère » (1964) et « L’enfant, sa « maladie » et les autres » (1967). C’est aussi une histoire du handicap et de la psychanalyse qui s’entend dans l’interstice entre ces ouvrages, les fondamentaux sont les mêmes, mais la façon dont les parents sont entendus peut apparaître moins brutale dans celui de Simone Korf-Sausse, et du coup plus « lisible » aujourd’hui, par le plus grand nombre. Je vous invite à choisir une partie, un paragraphe, un chapitre de chacun de ces ouvrages et de témoigner de ce qu’ils ont pu susciter chez vous.

Une jolie découverte m’a par ailleurs était offerte, il s’agit d’un roman « Mathilde » de Sylvie Simon, sur l’impossible rencontre entre une mère et son enfant handicapée, porteur de trisomie 21. Je ne vous en dit pas plus mais vous le conseille vivement.

L’une d’entre vous a replacé, au cœur de son questionnement sur le handicap, celui de l’enfant, tout simplement. La lecture de « L’Enfant de la période de latence » de Christine Arbisio-Lesourd constitue une belle base de travail, en ce qu’il considère que là aussi, il s’agit beaucoup d’un regard social, adulte, posé sur des êtres que l’on voudrait placer dans une norme.

J’ai également repéré via Cairn, un numéro de La lettre de l'enfance et de l'adolescence de 2008, intitulé « Un enfant est handicapé ». Je ne l’ai pas encore lu, je vous invite donc à me le faire découvrir.


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