Lucile Dupleich

Comment faire avec la psychose?

J’ai vainement cherché sur la toile ce très beau texte qui accompagnait, dans ma boîte mail, l’annonce de la 11ème Journée d’échanges et d’étude organisée par L’ÉPOC L’espace psychanalytique d’orientation et de consultations le Mardi 12 décembre 2017. Ne le trouvant pas, je me permets de le faire partager ici.

Comment faire avec la psychose ?

ARGUMENT

Le terrain de nos pratiques dans la Cité nous confronte tous à la question de la psychose. Le sujet psychotique dérange et il interpelle. Il dérange nos institutions, il dérange nos « protocoles », il dérange nos évaluations, il dérange nos normes, bref, il dérange ce nouvel Autre social standardisé auquel il est rebelle. Bien que qualifié d’aliéné au XIXème siècle, il ne se soumet pas à l’Autre, ce qui a fait dire à Jacques Lacan qu’il était un homme libre. C’est pourquoi le mode d’adresse du psychotique que nous rencontrons ne se fait pas sur le mode de la demande, demande qui impliquerait un Autre à qui demander. L’adresse se fait plainte, plainte qui concerne une souffrance, celle d’être exclu, ou sans travail, sans ressource, ou encore persécuté, etc. Nous sommes tentés de proposer des solutions à une demande que nous supposons sous cette plainte mais qui n’existe pas. Nous sommes alors étonnés que souvent ça ne marche pas, que le sujet psychotique soit d’aussi « mauvaise volonté » alors que nous cherchons à l’aider. Ce serait oublier qu’il n’est pas désirant. Il ne s’agit pas de désirer à sa place. Sommes-nous pour autant réduits à l’écoute impuissante de sa plainte ?

 

Qualifier un sujet de psychotique peut choquer. Ne serait-ce pas l’enfermer dans une catégorie ségrégative, lui poser une étiquette ? Lacan nous a appris au contraire à ne pas reculer devant la psychose et poser un diagnostic peut aider à mieux s’orienter devant un sujet si paradoxal. Le risque ségrégatif n’est pas là mais tient au contraire à son débranchement de l’Autre et à la perte de tout lien social. Bien sûr, nos sociétés ont toujours eu tendance à exclure le psychotique qui dérange l’ordre social, le reléguant dans les asiles hier, dans les prisons aujourd’hui où il n’y en a jamais eu autant. Mais il ne faut pas méconnaître pour autant que le psychotique est déjà coupé de l’Autre et a donc tendance à se désocialiser. La clinique du psychotique est une clinique de la désinsertion. L’errance peut d’ailleurs être un trait paradigmatique de la psychose. A être sans attache, certains éprouvent ainsi leur liberté, leur débranchement de tout lien social.

 

Rien d’étonnant donc si nous y sommes tous plus particulièrement confrontés. Il est coupé de l’Autre social mais aussi de l’Autre du langage, il n’habite plus le langage mais est habité par le langage ce qui perturbe profondément toute communication verbale et rend le risque de passage à l’acte plus présent. Alors comment lui redonner une dignité de sujet dans toute sa singularité ? Comment lui permettre de renouer des liens sociaux qui se sont brisés ? Comment faire avec la psychose ?

 

Les intervenants de tout bord auront à le rencontrer, à un moment ou à un autre. Eux aussi auront à faire avec. Leur premier souci sera de ne pas aggraver les choses en recadrant la situation à grand renfort de préceptes car ce sujet psychotique ne manque pas de références, il en est plutôt écrasé : il se sent obligé de répondre aux attentes de l’Autre et estime devoir s’en protéger. Donc pas d’autorité fut elle bienveillante, pas de principe universel qui par définition ignorerait sa singularité, pas trop non plus de compréhension enveloppante de son problème qui le déposséderait de sa singularité. Créer un espace neutre ou il se trouve hors jugement, un lien de parole dans lequel il peut se faire reconnaître au-delà de ce qui défaille en lui, en évitant d’être intrusif et soutenir, autant que possible, son « invention » qui peut remodeler sa présence au monde et son parcours de vie.


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